02 septembre 2006
Les Yeux d'Elsa
Voici un poème que j'ai longtemps aimé. J'ai été une fan inconditionnelle d'Aragon au lycée jusqu'en prépa... c'était avant de découvrir René Char ;)
Louis Aragon

30 août 2006
T.S. Eliot...
Je vais vous parler d'un auteur que j'aime beaucoup. Il m'a habitée si j'ose dire pendant plusieurs mois, j'ai même failli sceller mon destin sur son oeuvre en quelques sorte puisque j'ai été à deux doigts de centrer tout mon cursus universitaire (et par conséquent ma carrière) sur ses écrits. Il s'agit du poète et critique Thomas Sterns Eliot. Je sais, cela n'a rien à voir avec les cosméto naturels lol, mais la littérature me manque énormément, la recherche en lettres aussi et donc j'avais envie de me replonger dans mes bouquins.
Je me suis littéralement pris un coup de massue en lisant The Waste Land en licence. Ce trèèès long poème de 433 vers ma touchée par sa violence, ses bouleversements de genre, de lieux, d'époque, et il donne à voir une certaine conception de l'Histoire et du genre humain.
Vous pouvez lire à ce propos sur Wikipedia: Mêlant imagerie et symbolisme, angoisse et désespoir nés de la guerre, dans un style jusqu'alors inédit fait de changements brusques de narrateur, de temps et de lieu, cette épopée moderniste condensée est considérée à la fois comme le chef-d'œuvre de T. S. Eliot et comme un classique de la poésie anglo-saxonne du XXe siècle. Certaines de ses phrases sont même entrées dans l'anglais courant : « April is the cruellest month » - Avril est le mois le plus cruel, « I will show you fear in a handful of dust » - je vais vous montrer la peur en une poignée de cendre, ou « Shantih shantih shantih » - une suite de mots en sanskrit.
Mais plutôt que de parler de lui, voici un fragment et sa traduction d'un poème que j'aime infiniment intitulé The Hollow Men - les hommes vides, publié en 1925.
V
Here we go round the prickly pear
Prickly pear prickly pear
Hear we go round the prickly pear
At five o’clock in the morning
Between the idea
And the realty
Between the motion
And the act
Falls the Shadow
For Thine is the Kingdom
Between the conception
And the creation
Between the emotion
And the response
Falls the Shadow
Life is very long
Between the desire
And the spasm
Between the potency
And the existence
Between the essence
And the descent
Falls the Shadow
For Thine is the Kingdom
For Thine is
Life is
For thine is the
This is the way the world ends
This is the way the world ends
This is the way the world ends
Not with a bang but a whimper
V
Tournons autour du fi-guier
De Barbarie, de Barbarie
Tournons autour du fi-guier
Avant qu’le jour se soit levé.
Entre l’idée
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l’acte
Tombe l’Ombre
Car Tien est le Royaume
Entre la conception
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
Tombe l’Ombre
La vie est très longue
Entre le désir
Et le spasme
Entre la puissance
Et l’existence
Entre l’essence
Et la descente
Tombe l’Ombre
Car Tien est le Royaume
Car Tien est
La vie est
Car Tien est
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
Pas sur un Boum, sur un murmure.
Thomas Stearns Eliot, La Terre vaine et autres poèmes
[1922; 1976 pour la traduction française], Éditions du Seuil,
Collection Points Poésie, 2006, pp. 116-117. Traduction de Pierre
Leyris.
Voilà, c'était mon quart d'heure littéraire, ne m'en veuillez pas trop ;) j'ai pas pu resister...
23 août 2006
Le concept de continuum...
Lisez ça, c'est bouleversant...
Extrait du livre "The continuum concept" de Jean Liedloff, 1977
Dans les cliniques d’accouchement du monde occidental, il n’y a guère d’espoir de se faire consoler par les louves. Le nouveau-né qui réclame par tous les pores de sa peau le contact originel avec un corps doux et mou qui irradie la chaleur est enveloppé dans un lange sans vie. Il peut crier aussi fort qu’il veut, on le met dans une boîte où il est abandonné à un vide torturant et où il n’y a aucun mouvement (pour la première fois depuis l’origine de son existence physique, depuis des millions d’années de son évolution ou de sa félicité éternelle dans l’utérus). Le seul bruit qu’il puisse percevoir, ce sont les hurlements d’autres victimes qui souffrent les mêmes indicibles tortures infernales. Ce bruit ne peut rien signifier pour lui. Il hurle et hurle tant qu’il peut ; ses poumons qui ne sont pas habitués à l’air s’épuisent sous le poids de ce cœur désespéré. Personne ne vient. Comme, de par sa nature, il croit que la vie est juste, il fait la seule chose qu’il puise faire : il continue de hurler. A la fin il s’endort, à bout de forces – toute une vie plus tard, hors du temps. Il s’éveille dans l’angoisse inconsciente du silence, de l’immobilité. Il pleure. Il brûle de besoin de la tête aux pieds, de désir, d’impatience insupportable. Il ouvre la bouche pour respirer et hurle, jusqu’à ce que le bruit remplisse son crâne, qu’il soit prêt à éclater. Il crie jusqu’à ce que la poitrine lui
fasse mal, que sa gorge soit en feu. Il ne peut plus supporter la douleur ; ses sanglots s’affaiblissent puis s’arrêtent. Il écoute. Il ouvre et ferme les poings. Il tourne la tête d’un côté puis de l’autre. Rien n’y fait. C’est insupportable. Il recommence à hurler, mais sa gorge est trop fatiguée ; bientôt il s’arrête
à nouveau. Il raidit son petit corps torturé de désir et il perçoit un soupçon de soulagement. Il remue les mains et gigote. Il s’arrête, capable de souffrir,
mais incapable de penser, incapable d’espérer. Il écoute. Puis il se rendort. Brusquement on le soulève ; l’attente de ce à quoi il devrait avoir droit se manifeste à nouveau. On enlève le lange mouillé. Soulagement. Des mains vivantes touchent sa peau. On le soulève par les pieds et on remet entre ses cuisses un autre morceau d’étoffe sec comme du caillou et inerte. Immédiatement, c’est
encore comme s’il n’y avait jamais eu ces mains, ni le lange mouillé. Il n’y a pas de souvenir conscient, pas trace d’espoir. Le bébé se trouve dans un vide insupportable, hors du temps, dans l’immobilité et le silence, plein de désir infini et inassouvi. Son continuum essaie les mesures de sécurité, mais elles sont toutes uniquement propres à pallier de petites défaillances dans un traitement par ailleurs adéquat, ou bien demander un soulagement à quelqu’un dont on présume qu’il l’apportera. Pour le cas extrême qui se présente, le continuum n’a pas de solution. La situation dépasse son expérience pourtant immense. Depuis quelques
heures à peine qu’il respire, le bébé a déjà atteint par rapport à sa nature un degré d’aliénation dont même son puissant système de sécurité ne peut plus le sauver. Le séjour dans la matrice maternelle a été selon toute vraisemblance le dernier dans cette atmosphère de bien-être ininterrompu où, selon l’attente qui lui est innée, il aurait dû passer toute sa vie. Toute sa nature se fonde sur l’idée que la mère se comporte de façon adéquate et que les motivations
et les actes qui en résultent d’une part comme de l’autre seront tout naturellement dans un rapport de réciprocité qui les servira l’un comme l’autre. Quelqu’un vient et le soulève délicatement. Le bébé s’anime. On le prend certes trop timidement à son goût ; mais au moins il y a du mouvement. maintenant il se sent à la bonne place. Toute l’angoisse mortelle qu’il vient de traverser n’existe plus. Il
est couché dans des bras qui l’entourent ; et bien que sa peau ne retire aucune impression de douceur du contact avec l’étoffe, rie qui annonce la proximité
d’une chair vivante, les mains et la bouche lui disent que tout est normal.
La joie de vivre, qui est l’état normal du continuum est presque parfaite. Il
y a le goût et la structure du sein, le lait chaud coule dans sa bouche avide,
il y a ce battement de cœur qui aurait dû être la liaison, garantir le lien
avec le corps maternel, ses yeux qui y voient à peine perçoivent un mouvement.
Le ton de voix aussi est bon. Il n’y a que l’étoffe et l’odeur (sa mère met
de l’eau de Cologne) qui font qu’il manque quelque chose. Il tête et quand il
se sent rose et repu, il tombe dans la somnolence. Au réveil, il est de nouveau
dans l’enfer. Pas de souvenir, pas d’espoir, pas de pensée qui puisse lui rappeler dans le dessert de son purgatoire le réconfort de la visite auprès de sa mère. Des heures passent, et des nuits, et des jours. Il pleure, il se fatigue, il s’endort. Il s’éveille et mouille ses couches. Maintenant il n’en éprouve plus aucun bien-être. A peine ses organes internes lui ont-ils communiqué le plaisir du soulagement que celui-ci est à nouveau supplanté par une douleur croissante
quand l’urine chaude et acide attaque son corps déjà irrité. Il hurle. Ses poumons épuisés ont besoin de hurler pour couvrir cette brûlure aiguë. Il hurle jusqu'à
ce que la douleur et les hurlements l’épuisent, avant qu’il s’endorme à nouveau. Dans sa clinique qui ne constitue en rien une exception, les infirmières qui ont beaucoup de travail changent les langes à heures fixes qu’ils soient encore
secs, humides ou complètement trempés ; et les enfants ont le corps tout irrité quand elles les renvoient à la maison où il y aura quelqu’un qui aura le temps de faire ce genre de choses et qui les guérira. Lorsqu’on l’emmène à la maison
de sa mère (on ne peut guère dire que ce soit chez lui), il est déjà tout à fait au courant de la nature de l’existence. A un niveau préconscient qui déterminera
toutes ses impressions ultérieures de la même manière qu’il sera réciproquement
marqué par elles, il sait que la vie est indiciblement solitaire, sans réaction
à aucun des signaux qu’il peut émettre et pleine de souffrance. Mais il n’y
a pas encore renoncé. tant qu’il y aura de la vie en lui, les forces de son continuum essaieront toujours de retrouver leur équilibre. la maison ne se différencie
guère de la clinique d’accouchement, si ce n’est pour l’irritation de la peau. Les heures où il est éveillé, l’enfant les passe dans la nostalgie, le désir
et l’inlassable attente de l’état « adéquat » qui selon le continuum devrait remplacer le vide et le silence. Pendant quelques minutes par jour son désir est satisfait et ce besoin de contact, ce besoin qu’on le porte et qu’on le
promène, ce besoin effroyable qui le démange constamment est comblé. Sa mère fait partie de celles qui, après bien des élucubration, se sont décidés à autoriser
à l’enfant l’accès à leur sein. Elle aime d’une tendresse encore jamais connu. Au début, elle a de la peine à le recoucher après la tétée, surtout parce qu’il
hurle si désespérément. mais elle est persuadée de devoir le faire car sa propre
mère lui a dit (et elle est bien placée pour le savoir) que plus tard il serait
mal éduqué et lui ferait des difficultés si elle lui cédait maintenant. Elle veut tout faire comme il faut ; et pendant un instant elle sent que la petite vue qu’elle tient dans ses bras importe plus que tout au monde. Elle soupire et le repose tout doucement dans son berceau capitonné de tissu avec des petits
canards jaunes, assorties à toute la pièce. Elle s’est donné beaucoup de mal
pour mettre des rideaux en coton, un tapis en forme de panda géant, une table de toilette blanche, une baignoire et une table à langer. Il fallait aussi du talc, du savon, de la crème, du shampooing et une brosse à cheveux - le tout dans des tons de bébé. Au mur, il y a des images de bébés animaux habillés en hommes. La commode est pleine de petites chemises, de barboteuses, de petits
chaussons, de petits bonnets, de gants et de langes. Dans l’angle sur le dessus
il y a un mouton en laine et un vase de fleurs - des fleurs que l’on a coupées, parce que la maman «aime» aussi les fleurs. Elle tire sur les bords de la petite brassière et couvre le bébé d’un drap brodé et d’une couverture qui port
ses initiales. Elle la regarde avec une certaine satisfaction. On n’a rien négligé pour que l’aménagement de la chambre du bébé soit parfait, même si par ailleurs le jeune couple ne peut pas encore s’acheter tous les meubles qui sont prévus pour les autres pièces. Elle se penche sur l’enfant et dépose un baiser sur cette joue soyeuse ; puis elle se dirige vers la porte alors que le premier hurlement de torture lui transperce le corps. Elle ferme tout doucement la porte. Elle lui a déclaré la guerre. Il faut que sa volonté l’emporte. A travers la porte elle entend des cris, comme si l’on torturait quelqu’un. Son continuum
les identifie en tant que tels. La nature ne donne pas de signe sans équivoque
voulant dire que l’on torture quelqu’un quand ce n’est pas vraiment le cas. Elle hésite. Son cœur se sent attiré vers lui, mais elle résiste et s’en va. Elle vient juste de le changer et de lui donner à téter. Elle est donc sûre qu’en réalité il ne lui manque rien, et elle laisse pleurer jusqu'à épuisement. Il s’éveille et se remet à hurler. Sa mère jette furtivement un coup d’œil par la porte pour s’assurer qu’il est couché comme il faut : tout doucement encore, pour que l’attention qu’elle lui manifeste n’éveille pas de faux espoir, elle referme la porte. Elle se précipite dans la cuisine pour faire son travail, elle laisse la porte de la cuisine ouverte pour entendre le bébé « si jamais il lui arrivait quelque chose ». Les hurlements de bébé se changent en plaintes chevrotantes. Comme personne ne répond, le mécanisme qui active ses signaux se perd dans la confusion du vide sans vie, alors que le réconfort aurait dû
venir depuis longtemps. Il regarde autour de lui. Au-delà des barreaux immobiles et le mur. Il perçoit des bruits qui n’ont aucun sens, provenant d’un monde
lointain. Près de lui, tut est calme. Il regarde le mur, jusqu'à ce que ses
yeux se ferment. Lorsqu’il les rouvre, plus tard, les barreaux et le mur sont toujours exactement pareils, mais la lumière est encore plus triste.
(J. Liedloff, The Continuum Concept, 1977.)
29 juillet 2006
L'Amour Scientifié de Michel Odent
Je crois que je vais dévorer ce livre... j'en ai lu pour le moment les 3/4 mais vraiment, Odent y explique de manière scientifique les mécanismes de l'Amour...
Voici un résumé du livre, publié aux éditions Jouvence
Comment se développe la capacité d'aimer ? Quels sont les liens entre les différentes facettes de l'amour (amour maternel, de son partenaire, amour de la vie et des autres). Quel est le rôle de l'attachement mère-bébé dans la genèse de la capacité d'aimer ? Pourquoi toutes les cultures perturbent-elles le premier contact naturel entre la mère et l'enfant ? Pourquoi y a-t-il un avantage à développer dès la naissance le potentiel humain d'agressivité au lieu de la capacité d'aimer ? L'amour a toujours été le domaine des poètes, des romanciers et des philosophes. A la fin du XXe siècle, l'amour a été étudié dans ses aspects scientifiques. Michel Odent affirme ici que ces approches spécialisées ont sous-estimé l'importance de l'amour en tant que potentiel de survie pour l'humanité et que les anciennes stratégies de survie basées sur l'agressivité, la domination de la nature et des autres ne sont plus appropriées. Sa thèse est effectivement révolutionnaire dans son énoncé : l'amour (ou le sentiment d'attirance) trouve ses sources au niveau cellulaire, dans la forme de "récepteurs" qui se lient avec des informations reçues. Ce processus est lié à une hormone - l'ocytocine - qui agit sur le processus d'attirance et de séduction, d'accouchement, de lactation, d'amour maternel et la capacité d'aimer du futur enfant et de l'adulte. En rassemblant une très importante documentation sur de nombreuses disciplines scientifiques, en apportant ainsi de nouvelles explications fascinantes, Michel Odent propose des solutions pour la survie même de l'humanité.
Un livre fascinant c'est le mot... à lire et à relire, à prêter, à offrir, à dévorer...


